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Ruralité et accès aux soins : les propositions de l'Union des Podologues



La crise sanitaire a mis en avant l’importance de la proximité dans l’organisation du service de santé. La démocratie sanitaire doit être refondée sur un véritable débat contradictoire afin d’offrir de nouvelles solutions aux habitants du monde rural.

C’est l’objet de l’étude au long cours que l’AMRF (Association des maires ruraux de France) a menée, afin de fournir aux élus ruraux de nouveaux arguments et apporter au débat public de nouvelles données pour se forger une opinion éclairée sur la réalité du désastre sanitaire français.

L’Union des Podologues s’est intéressée de près à cette récente étude pour apporter des solutions aux problèmes qui sont soulevés depuis plusieurs années par les maires ruraux de France.

Quelques chiffres nous ont interpellés dans cette étude. Tout d’abord, s’agissant des différentes causes de mortalité, elle révèle une large différence de taux entre les milieux ruraux et urbains.

A titre d’exemple en milieu hyper-rural les femmes ont 22% (25% pour les hommes) de risque supplémentaire de décéder d’un problème cardio-vasculaire (appareil circulatoire) qu’en milieu hyper-urbain.

Force est de constater qu’il y a un manque criant de praticiens dans toutes les spécialités médicales en ruralité.

Toujours d’après l’étude de l’AMRF, ce manque génère de toute évidence un problème majeur d’accès aux soins, entraînant une moindre chance de rester en bonne santé pour les patients en milieu rural et cela ne va aller en s’améliorant puisque la moyenne d'âge des médecins augmente, les rapprochant du départ à la retraite. Pour former un médecin généraliste il faut actuellement 9 ans, il ne faut donc pas espérer une embellie de la situation dans l’immédiat. Il est donc impératif d’opter pour une autre stratégie.

Parmi les professionnels de santé non médicaux, les pédicures-podologues ont la possibilité d’apporter une aide immédiate pour participer à l’amélioration de cette situation.

En effet, ils sont présents de manière homogène sur la quasi-totalité du territoire français. Ils ont les compétences et l'expérience nécessaires pour soulager les professionnels de santé de plusieurs spécialités en recevant les patients en première intention et en effectuant des actes qu’ils maîtrisent déjà. Le podologue a toute sa place pour l'accès aux soins de base qui sont des déterminants de la santé globale des patients.

Dans cette étude, il est question du délai de renouvellement des ordonnances des médecins qui s’allonge dangereusement. Or, le pédicure-podologue dans ce cas précis, a un rôle à jouer pour redonner aux médecins du temps de consultation et du même coup diminuer le délai de renouvellement des ordonnances. Fréquemment les patients préfèrent aller voir le médecin pour certains actes qui sont pourtant directement réalisables par le pédicure-podologue afin de bénéficier d’une prise en charge par la Sécurité sociale.

En donnant la possibilité aux podologues de pratiquer directement ces actes avec prise en charge, cela éviterait aux patients de consulter leur médecin et de mobiliser son temps inutilement.

Dans bien des cas, le pédicure-podologue est en capacité de participer à l’amélioration de situation délicate dans laquelle se trouve le monde rural d’un point de vue sanitaire. De nombreuses solutions existent et n’augmenteraient pas les coûts pour la société, voire au contraire, les baisseront. Si l’accès aux soins est facilité, la santé des patients sera a minima conservée, la plupart du temps largement améliorée et de nombreuses complications aux traitements coûteux pourraient être évitées.

Voici quelques exemples, que propose l’Union des Podologues, simples et faciles à mettre en place pour améliorer la situation immédiatement :

- prise en charge des séances par ionophorèse de l’hyperhidrose : facile à mettre en place car il y a déjà une prise en charge prévue (quand c’est effectué par un médecin), les podologues ont le matériel, ils ont la compétence et l'expérience, de plus les dermatologues n'ont pas le temps de s'en occuper et orientent déjà très fréquemment chez les pédicures-podologues.

- prise en charge des séances pour le traitement des verrues : facile à mettre en place car il y a déjà une prise en charge prévue (quand c’est effectué par un médecin), ils ont la compétence et l'expérience. Comme pour le point précédent, les dermatologues n'ayant pas le temps, orientent encore une fois chez les pédicures-podologues.

- Prise en charge du bilan podologique et prescription des orthèses plantaires.

- Prise en charge de la consultation et des séances de suivi des ongles incarnés et des dispositifs de prévention et de traitement (orthonyxie) : cela permettrait d’améliorer grandement la prise en charge puisqu’un simple traitement antibiotique ne résout pas le problème. La très grande majorité des ongles incarnés serait rapidement solutionnée et la coûteuse et douloureuse chirurgie deviendrait exceptionnelle.

Les pédicures-podologues constatent également que lors d'une observation de plaie ou d'une zone d’hyperkératose importante chez un patient diabétique en milieu rural avec désertification de médecin, la possibilité de prescrire et/ou de renouveler une ordonnance afin de faire une paire d'orthèse plantaire rapidement, permettrait de réduire le risque d'une hospitalisation, d'une prise en soin beaucoup plus coûteuse et d’un risque plus élevé d’amputation dans les cas les plus graves. A contrario, comme c’est le cas aujourd’hui, attendre l’ordonnance du médecin pour que le patient ait une prise en soin ne fait que ralentir l’efficacité du traitement.

Pour mettre tout cela en place il faut s’appuyer sur les regroupements de soins tels que les maisons de santé et les CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) dans lesquelles les pédicures-podologues constituent l’une des professions de santé les plus représentées. Les CPTS ont été créés dans le but de mettre en place des projets de santé publique novateurs et permettant d’améliorer la santé des Français en s’appuyant sur les acteurs de terrain et en leur donnant les moyens de les mettre en place. Elles répondent parfaitement aux demandes exprimées par les maires ruraux dans cette étude qui déplorent des décisions “venues d’en haut” et qui ne tiennent pas compte des réalités de leurs territoires.


Rédacteurs : Meriem Kouidri / Geoffroy Dessaux
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