top of page
L'actualité des podologues
  • Photo du rédacteurPUBLIC

Les grands témoins : Interview de Marie-Anne François, ancienne Présidente de la CARPIMKO.



Vous avez été présidente de la CARPIMKO pendant 9 ans et vous siégez encore au Conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales, CNAVPL, dont vous avez également été présidente pendant presque 2 ans. Pour autant les professionnels ne connaissent pas forcément très bien. Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots ?


Je suis orthophoniste depuis de très nombreuses années, je suis originaire de la région parisienne et je me suis installée à Nantes depuis 2011. Je travaille en libéral, en tant qu’orthophoniste. Au niveau de la CARPIMKO je suis arrivée très jeune en 1997, et j’ai effectivement fait un certain nombre de mandats, 4 en tout. Et j’ai arrêté en juillet 2021.


De quoi êtes-vous la plus fière de ses années passées à la caisse ?


Nous avons beaucoup travaillé pour améliorer le régime invalidité-décès en augmentant substantiellement les pensions. Alors certes le retour de bâton, c’est que ça coûte un peu plus cher maintenant, mais les gens sont quand même beaucoup mieux garantis. Après c’était tout un travail de réflexion sur le régime complémentaire qui n’a pas encore abouti mais le sera grâce à l’équipe qui est actuellement en place.




Que retenez-vous de vos 25 années passer au Conseil d’administration de la caisse sur son fonctionnement ?


Sur son fonctionnement quand je suis arrivée à la direction de la caisse, les administratifs, était très présents, trop présents et c’est vrai qu’on a réussi en changeant la direction à redonner des marges de manœuvre et leur vrai rôle aux administrateurs. Ils sont là pour établir la politique de la caisse, suivre que cette politique soit bien appliquée, et je pense qu’aujourd’hui c’est plus le cas que ça n’a été quand je suis arrivée en 1997.


Donc vous pensez que le rôle des administrateurs est important, ce n’est pas l’état qui gère tout finalement ou comment ça se passe ?


On est autonome en tant que régime et par conséquent on prend un certain nombre de décisions. Après on a une tutelle, mais à mon avis on est plus contraint par le fait que les cotisations pèsent sur les affiliés. Il faut que ce soit raisonnable par rapport à leurs revenus et on a beaucoup de professions conventionnées avec des honoraires fixes, donc on n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. Et bien entendu on doit verser des pensions. L’état il est là pour surveiller, c’est quand même des cotisations obligatoires, c’est un régime obligatoire, c’est normal qu’on ait une surveillance, après l’état on peut arriver à travailler avec lui, il faut beaucoup travailler, il faut beaucoup remettre en cause les chiffres, beaucoup réfléchir, travailler en accord avec les syndicats qui sont quand même présents, et c’est normal. Ils sont aussi là pour défendre aussi les droits des affiliés.


Avec la moitié des effectifs au sein de la caisse et une grosse part au sein du Conseil d’administration les infirmiers ne bloquent pas finalement toutes les décisions prises à la caisse ou au profit de leur profession ?


Non le système a été quand même relativement bien fait même très bien fait au niveau du Conseil d’administration. Ils ont 8 voix sur 22 ce qui ne fait pas une majorité et s’ils veulent faire passer des choses ils sont obligés de se concerter avec d’autres pour pouvoir avoir gain de cause sachant que toute modi- fication statutaire c’est les 2/3 donc c’est beaucoup plus de 8 sur 22. Donc pour moi non, après ça force à des discussions mais la CARPIMKO est une caisse pluri-professionnelle et je trouve que c’est équilibré au niveau du nombre de postes par rapport aux professions. Sachant que même les professions avec des petits effectifs ont au moins 2 voix au Conseil.


Ça veut dire que par exemple un ou une podologue pourrait être un jour président ou présidente de la CARPI- MKO ?


Il y a aucune raison pour qu’un podologue ne puisse pas être président un jour. Cela dépend de la volonté du podologue en question. Moi je suis orthophoniste j’ai été présidente et réélue 2 fois et pourtant les orthophonistes comme les podologues ont seulement 2 voix au Conseil d’administration.


La CARPIMKO et ses affiliés


Les professionnels ont souvent une vision négative de la CARPIMKO qui viendrait leur prendre leur argent pour ne pas leur en redonner au bout du compte. Quel message pourriez-vous leur faire passer ?


Je dirais que c'est une tendance un peu générale mais quand on paye ce n’est pas pour rien, là on paye pour avoir une retraite. On a une retraite, le paiement c'est 7000€ par an et les cotisations de toute une vie sont récupérées en 10 ans de retraite. Quand on vit 20 ans on ne peut pas dire que c'est trop cher. Donc ça veut dire que ça va devenir de plus en plus cher et pour certainsrevenus pas très important c'est compliqué parce qu'on a des cotisations forfaitaires notamment pour le régime complémentaire et qu'elles peuvent sembler lourdes mais qu'en échange ça donne quand même une retraite qui est correcte, sachant qu’il faut avoir aussi une carrière complète. On a beaucoup de chiffres qui circulent mais ce sont pour des carrière de 20 ans, et une carrière de 20 ans ça n'a rien à voir avec une carrière de 40 ans. Après ça donne des retraites qui en moyenne si on fait 40 ans sont supérieures à la retraite moyenne des Français en général. Donc on ne peut pas dire qu'on paye beaucoup parce que ce n’est pas vrai et on peut pas dire qu'on reçoit peu parce que ce n’est pas vrai non plus.


Pourquoi ce ressenti si négatif vis-à̀-vis de la caisse ?


C’est ressenti mais ce n’est pas la réalité. Les seuls qui pourraient trouver effectivement qu'ils ont une petite retraite sont les gros revenus, mais ils payent peu. Donc à la fin par rapport au revenu d'activité il y a une grosse baisse quand ils reçoivent leur retraite donc je peux comprendre qu'il y a un gros décalage mais c'est à eux aussi peut-être d'investir sur d'autres systèmes de retraite que la retraite obligatoire.


Les professionnels parlent aussi régulièrement de la part de leurs cotisations qui serviraient à̀ payer les retraites d’autres professions qui ont parfois des meilleurs revenus, fake ou réalité́ ?


Oui c'est vrai qu’au niveau du régime de base on reverse effectivement un tiers des cotisations. Maintenant c'est lié effectivement à notre population qui est encore jeune, une caisse qui n’est pas mature et on a encore beaucoup de cotisants pour peu de retraités. Mais un jour ou l’autre le système va s’inversé on aura autant de retraités que de cotisants, puis peut-être un jour plus de retraités que de cotisants. Et là ce sera le contraire, c’est-à-dire que les autres professionnels du régime de base devront payer pour nous.


Les réserves de la CARPIMKO font des envieux, régulièrement, et en particulier à chaque réforme des retraites, des craintes voient le jour sur la captation de ces réserves pour renflouer d’autres caisses. Pensez-vous que cela puisse arriver un jour ?


Alors on a quand même un état très endetté donc les réserves de tous les régimescomplémentaires ça fait 100 milliards, effectivement ça fait envie. Il y a eu quelques alertes notamment lors du dernier projet de réforme de la retraite en 2019-2020 ce qui a été stoppé juste avant de grâce au covid. Il y a déjà une idée des retraites des réserves de régime de retraite qui ont été qui ont été ponctionnées puisque Napoléon 3, ça date un peu à rafler tout ce qu'il y avait dans les caisses des fonctionnaires mettant le régime des fonctionnaires en péril aujourd'hui même si on rembourse nos impôts donc ce n’est pas impossible. C'est à nous de de nous battre pour éviter que ce soit le cas. Là actuellement dans la réforme de retraite qui va être mise en place il n'y a pas de visée sur nos réserves mais je ne peux pas certifier qu’il n’y en aura jamais. On est quand même tous syndicalement contre le fait que les réserves disparaissent au profit d'autres régimes.


Alors CARPIMKO amie ou ennemie ?


Ce n’est ni un ni l'autre. C'est un partenaire de vie, c'est celle qui vous accompagne en cas de maladie, c'est celle qui vous accompagne quand vous prenez votre retraite. Il faut le voir comme quelque chose qui est géré par des administrateurs, qui sont des professionnels en activité ou en retraite. Majoritairement en activité puisqu'il y a 20 actifs et 2 retraités. Pour moi ça doit être vu comme un partenaire pas comme une amie ou une ennemie elle est là pour garantir une retraite quand on peut plus travailler ou quand on a décidé de s'arrêter de travailler et des indemnités en cas de de maladie longue.


Réformes des retraites



Venons-en à̀ l’actualité́, le projet de réforme des retraites. On a peu vu ou entendu les syndicats des professions représentées à la CARPIMKO s’exprimer sur celui-ci. Est-ce dire que tout le monde est d’accord avec cette réforme ?


Je pense qu'elle va quand même permettre d'améliorer les retraites et donner plus d'équité que ce que c'était jusqu'à présent. Il y a cette question de mesure d'âge sachant qu'à la CARPIMKO la retraite en moyenne c'est 64,2 années, on n'est pas trop concerné par l'augmentation de l'âge légal de départ en retraite. Et on a quand même acquis un certain nombre d'avancées notables. Après moi je dirais qu’il y a un point quand même négatif c'est qu'effectivement c'est une moyenne 64,2 il y en a qui partaient avant ils vont être obligés de continuer à travailler un peu plus que ce qu'il voulait, et puis un 2e point négatif c'est que le fait de reporter l'âge légale de 2 ans. L’allonger de 2 ans fait qu’il va y avoir une petite baisse de pension pour notamment les femmes au travers de l'absence de surcote entre 62 et 64 ans qui pouvait exister avant.


Est-ce que la réforme est la même que celle proposée lors du précèdent quinquennat, dite du « régime unique » ? En quoi diffèrent-elles ?


Pas du tout c'est une réforme paramétrique ce n'est pas une réforme systémique. On garde le système CARPIMKO, la CARPIMKO continue d’exister, continue à être autonome et à gérer le régime complémentaire et le régime invalidité-décès. Donc ça n'a rien à voir c'est vraiment paramétrique. On bouge les bornes de l’âge et on joue aussi sur les durées de cotisation mais il n’y a pas de y a pas de grand chamboulement comme été prévue dans la réforme de 2018 à 2020.


Quels sont pour vous les points positifs et les points négatifs de cette réforme ?


Alors les points négatifs je l'ai déjà dit hein c'est l'allongement de la durée de cotisation et effectivement le rajout de 2 ans à la borne d'âge basse et puis le système de décote surcote qui est lié à cette avancée et ce recul de l'âge de départ en retraite qui vont impacter négativement les pension essentiellement des femmes puisque c'est elle qui ont les trimestres pour enfant qui leur permettaient si elles continuaient à travailler entre 62 et 64 ans et qu’elles avaient une durée de cotisation déjà atteinte à 62 ans d'avoir une surcote quelle n’auront plus voilà. Au niveau des points positifs, il y en a quand même plusieurs. Il y a le cumul activité retraite qui va maintenant donner des droits supplémentaires ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. La possibilité de la retraite progressive qui n'était pas ouverte aux professionnels libéraux. Nous allons avoir probablement grâce à un amendement gouvernemental les 10% pour les femmes et les hommes qui ont élevé 3 enfants ou plus. On était les seuls ne pas avoir les 10%, les professionnels libéraux pas que les professionnels médicaux mais les professionnels libéraux en général. Et il y a l'assiette de la CSG qui va être révisée donc nous paierons moins de CSG ça ne veut pas dire qu'on paiera moins de charges mais que cette CSG qu’on payera en moins sera reporté sur les cotisations retraites et donc de la retraite en plus.


Qu’en est-il des critères de pénibilité́ dans nos professions ?


On n'est pas accessible au dispositif pénibilité, la réforme n'y a rien changé. Alors ce qu'il faut savoir c'est que la pénibilité c'est toujours pareil ce sont souvent des départs en retraite plus précoces sans forcément de pénalité pour les gens qui sont en situation difficile sur le plan physique parce qu’il n’y a pas de pénibilité psychologique. Et le problème c'est qu'il faut financer. Et en général quand on en parle aux professionnels ils ne sont pas d'accord pour financer ils sont d'accord pour recevoir mais pas pour financer donc on n'est pas éligible dispositif parce que personne ne veut le financer.


Des professionnels assurent qu’avec ses 601 Millions d’Euros d’excèdent la CARPIMKO n’a pas besoin de modifier ses propres critères.

Que leur répondez-vous ?


Alors attention parce que les réserves c'est le régime complémentaire et je ne souhaiterais pas qu'elles aillent alimenter le régime de base dont on vient, mais c'est certain que vu notre taux, vu le nombre de cotisants qu'on a encore le nombre de retraités est encore un rapport très favorable pour les professions libérales on pourrait très bien rester à 62 ans sans aucun problème pendant quelques années c'est sûr. Après le fait de reculer à 64 ans nous permettait quand même d'avoir un certain nombre d'avancées qu'on a donné tout à l'heure. Les 6 milliards ils sont faits pour garantir le versement des pensions quand notre régime sera en déficit démographique et ça lui arrivera un jour et 6 milliards vu le nombre de d'affiliés que nous avons et donc de futurs retraités que nous aurons ce n’est pas grand-chose, les médecins sont beaucoup moins nombreux et ils ont plus de 7 milliards, ils sont 2 fois moins nombreux que nous.


54 vues0 commentaire
bottom of page